Jean-Michel Fauquet, Le grand séparateur

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Les érudits de la Renaissance, améliorant la méthode préconisée par Saint Thomas d’Aquin aux lecteurs afin d’enrichir leur capacité de mémoire, suggérèrent la construction mentale de modèles architecturaux, palais, théâtres, etc., dans lesquels loger ce dont on souhaite se souvenir. Ils recommandaient d’accorder à ces choses de l’esprit un traitement affectueux et de les transformer en « similitudes inhabituelles » qui les rendraient faciles à visualiser et à mémoriser.

Ce travail rassemble les éléments d’une mémoire « photobiographique ». Il s’est agi d’élaborer ces fameuses « similitudes inhabituelles » jalonnant le cheminement d’une mémoire qui remonte à la nuit des temps, en procédant par phases successives et à l’aide de matériaux d’une extrême précarité. La construction de ces figures, sortes d’appeaux de la mémoire, suscite un récit dans l’esprit de celui qui regarde, aide à fixer le souvenir d’événements fondateurs en un sentiment de déjà vu, de déjà vécu.

Le Grand Séparateur indique la distance qu’il est nécessaire d’établir avec le sujet afin qu’il nous apparaisse dans sa plus grande justesse en ouvrant le champ libre de notre propre mémoire. Constitué de trois éléments placés au centre de cette topographie mémorielle, il fait le lien entre ces différents récits et installe un régime de zones d’affection et de tensions, selon le point de vue du spectateur, en le soumettant à l’épreuve d’une question.

Arrêté dans son mouvement pendulaire, il fixe très précisément, à l’endroit de sa verticalité, le point d’intersection entre le temps de la mémoire horizontale, le temps vertical, et détermine alors l’instant photographique.

Jean-Michel Fauquet

Exposition présentée à L’Atelier de Chaudronnerie, parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2013.